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On n’est pas “naturellement“ mariste
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Sr M. Franca Mondini smsm  Italie
Sœurs Missionnaires
 
Sœur Franca Mondini smsm, de la Province Italie-Rwanda, a travaillé surtout au Burundi et au Rwanda et aussi quelques années dans la pastorale au Sénégal. Connaissant bien les langues des pays des grands lacs, durant les années difficiles, elle a vécu dans les camps de réfugiés au Rwanda et en Tanzanie. Puis elle a commencé un centre d’accueil pour les malades du sida.

Ma première réaction au sujet qui m’est proposé, a été un sentiment de honte et de confusion, car je réalise la distance infinie qui existe entre mes attitudes habituelles et celle qui devrait être la « manière mariste » à penser, parler et agir comme Elle, et vivre pour ainsi dire de sa vie (Constitutions SMSM 49), enfin de vivre dans l’Eglise et dans le monde.

Je dois reconnaître aussi que le souci de vivre ces attitudes, ou, du moins de m’y approcher, a mûri lentement en moi, car, pour longtemps je me suis limitée à un vague attachement à la Vierge Marie, étant convaincue que cela pouvait me suffire en tant que Mariste.

Ce qui m’a rendu consciente du problème a été d’abord la lecture des textes profonds et substantiels du Père Coste et, plus récemment, des derniers documents sur nos pionnières et sur l’esprit mariste, préparés par des SMSM et étudiés pendant le temps du Renouveau.

Encore plus profondément, j’ai été mise en question par les circonstances de ma vie religieuse et missionnaire. Des « flashes » intérieurs ont parfois projeté une lumière sur la situation que je vivais et j’ai « senti » que ma réponse, que nos réponses étaient encore loin de la manière mariste.

Je crois, au moins pour ce qui me concerne, qu’on n’est pas « naturellement » mariste. C’est à dire que les attitudes de silence, de discrétion, de détachement, d’acceptation des rôles secondaires, de gratuité, d’effacement dans la vie cachée ne sont ni fréquentes, ni faciles.
Il est très rare qu’on s’oriente spontanément en cette direction.
Cependant, le Seigneur permet que la vie même nous pousse, nous force même à des choix plus cohérents avec notre vocation. C’est alors que, plus au moins volontiers, nous découvrons la « manière mariste ».

Première circonstance : le vieillissement ! Tôt ou tard on y passera tous. Et voilà que, très naturellement, on n’a plus la première place (ni la deuxième, ou la troisième parfois !). Et le silence et la vie cachée deviennent obligatoires. Et l’on reste à côté, terriblement à côté…

Une autre occasion qui nous oblige à des choix plus proches de l’Esprit mariste, c’est la nouvelle situation de la mission. Il y a eu dans la vie de nos premières sœurs beaucoup de sacrifices, beaucoup de privations. Mais il y a eu aussi pas mal de gratifications. On était, ou plutôt on se sentait utiles, presque indispensables. L’éducation des enfants, la formation des femmes, les soins des malades, l’aide aux pauvres, tout était dans nos mains. Maintenant c’est changé. De plus en plus les gouvernements veulent (et c’est très juste) employer les gens du pays ; nous avons plus qu’autrefois besoin de spécialisations, de qualifications. Le clergé indigène, les sœurs locales prennent la relève. Nous l’avons toujours souhaité c’est vrai, mais…

Autre réalité qui nous met en question : la comparaison avec d’autres congrégations. Souvent, (pas toujours) elles ont plus de vocations, une moyenne d’âge plus porteuse d’espérance, plus de capacité pour faire face aux défis actuels…

C’est en toutes ces circonstances que la « manière mariste » nous devient indispensable et nous apprenons petit à petit à devenir, d’une certaine façon, inconnues et cachées, à être privées de certains rôles, à n’être plus des protagonistes, à disparaître humblement la où il le faut.
Et peu à peu notre acceptation devient responsable et volontaire et, peut-être aussi, un choix d’amour.
Marie, je crois, nous fait un petit clin d’œil. Elle semble nous chuchoter : « vous y êtes arrivées enfin, mais il a fallu vous donner un coup de main ! ».
 
2009
 
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