À Davao, aux Philippines, les pères maristes, en la personne de Gavin Foster, ont adopté une approche des plus constructives pour un travail qui présente toujours un énorme défi. Les prêtres œuvrent en collaboration avec environ 35 jeunes laïcs maristes. Les réactions dans notre groupe sont diverses. L’une d'entre elles était un jour dans une colère extrême. « Cet hôpital devrait être rasé ou il faudrait en changer complètement les conditions d'existence.» Mais, à bien y réfléchir, si cette réaction négative était maintenue, on demanderait simplement à l'équipe mariste (prêtres et laïcs) de se retirer. Nous avons choisi de composer avec la situation, si déplorable soit-elle. Voici donc le condensé d'un bref interview réalisé avec le P. Gavin Foster sm
Quels sont les aspects les plus difficiles de ce ministère ?
Gavin : Je me rends compte d’abord que 90% des patients (350 hommes et 150 femmes) ne reçoivent à peu près aucune visite. Si l'équipe mariste ne se rend pas sur place chaque dimanche, ils ne recevront aucune visite de l'extérieur. Je me rends à cet hôpital psychiatrique depuis trois ans. Quand arrive le dimanche, je trouve toujours difficile d'entrer dans l'hôpital à cause de l'odeur insupportable des cellules dans lesquelles sont parqués les patients. Ils dorment sur un plancher de béton. Ils manquent souvent de nourriture de sorte que les médicaments qu'ils reçoivent (quand il y en a) n'ont pas les effets escomptés. Conséquemment, les patients manifestent des comportements violents. Alors les gardes les « enchaînent ». Quand j'arrive, le dimanche après-midi, plusieurs patients sont attachés aux murs de leurs cellules ou dans leurs lits. Ce qui ajoute à la difficulté du travail, c'est que les patients sont survoltés quand ils nous voient. Ils veulent nous presser contre eux ou ils poussent des cris. Ils ont un tel besoin d'interagir avec quelqu'un de l'extérieur qu'il est presque impossible de donner à chacun l'attention qu'il désire et dont il a un vrai besoin.
En quoi ce travail est-il vraiment « mariste »?
Gavin : Ces patients comptent sans doute parmi les plus abandonnés de la planète. Ils ont le sentiment que personne ne se préoccupe de leur sort. Personne ne s'intéresse à leur guérison ou à leur progrès. Chaque semaine, l'équipe mariste, prêtres et environ 40 jeunes laïcs maristes, brave la senteur des cellules, la faim évidente qui tenaille les patients, leur manque de nourriture et de médicaments, pour être tout juste « une présence » au milieu de ces gens en détresse. Souvent, nous pouvons tout juste leur prendre la main, les presser contre nous, leur permettre de dire ce qui leur pèse et les bouleverse. Notre présence leur dit: « Si personne ne semble s'intéresser à vous, il y a des exceptions. Nous nous intéressons à vous. Cette parole, c'est la régularité de nos visites qui la leur confirme.
Pourquoi persistez-vous dans ce travail?
Gavin : Tous les dimanches, avant d'entrer dans l'hôpital, je dois prendre une longue respiration parce que la tâche est difficile et vous ne savez jamais ce qui va vous tomber dessus. Les enfants de la rue de Balay Pasilungan se sont engagés à faire du pain et ils collaborent avec nous dans sa distribution a l'hôpital. À voir les yeux des patients briller de joie à la vue du pain qu'on leur apporte, à sentir comme ils vous étreignent dans leurs bras, à entendre leur ‘Salamat’, merci, on a l'impression de leur avoir décroché la lune. L'indicible joie qui irradie sur leurs visages a notre entrée dans les départements défie toute description. Si vous manquez un dimanche, ils vous le feront savoir de verte manière. Le fait que nous formons une équipe mariste et que nous nous soutenons dans ce ministère explique aussi ma persévérance.
Dans le laïcat mariste, vous trouvez donc un bon soutien pour un tel ministère?
Gavin : Tout à fait. Plusieurs membres de l'équipe mariste qui m'accompagnent sont des jeunes gens de 18 à 35 ans. Le dimanche est leur seul jour de congé de la semaine et ils choisissent de le passer avec ces patients. Chacun de nous, j'en suis persuadé, est conscient que si nous n'allons pas à cet hôpital, personne d'autre n'apportera quelque espérance dans la vie de ces personnes. Qui d'autre leur manifestera amour et attention ? Qui d'autre leur fera sentir l'amour du Seigneur et de sa Mère ? Le seul fait de voir les yeux de ces patients à notre arrivée dans leurs quartiers vous inspire toute la motivation pour revenir encore le dimanche suivant.
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