L’auteur, le P. Jacques Parent, est religieux mariste depuis maintenant 40 ans. Au cours de ces années, il a travaillé le plus souvent dans les milieux diocésains et paroissiaux. À quelques reprises, ses supérieurs lui ont demandé une présence auprès des jeunes dans l’animation pastorale et dans le domaine de la formation des candidats à la vie mariste. Il est actuellement chargé des communications à la Maison générale à Rome.
Quand je suis arrivé chez les maristes en 1959, il y avait dans la chapelle du petit séminaire, juste au-dessus de l’autel principal, une niche dans laquelle se trouvait une statue de la sainte Vierge. Chaque soir, au terme de la prière, les lumières de la chapelle s’éteignaient et Marie restait seule devant nous toute illuminée tandis que nous chantions le Salve Regina. Nous pouvions aller dormir. Marie veillerait sur nous et nous protégerait de tout mal. Ce regard posé sur Marie, élevée dans la gloire du ciel, correspond assez bien à la vision que nous avions à ce moment de la sainte Vierge. Dans la dévotion populaire, on célébrait davantage les gloires de Marie que son chemin de foi.
Quand nous parlons aujourd’hui de Marie, Mère de l’Église, nous le devons principalement au concile Vatican II. Dans la Constitution sur l’Église (Lumen Gentium), le chapitre 8 est en effet comme un sommet qui situe la Vierge Marie dans le mystère du Christ et de l’Église. En mettant en lumière le rôle privilégié de Marie dans le mystère du salut, le concile nous indiquait sa vocation véritable : être la Mère du Fils donné par Dieu et être la Mère de l’Église, c’est-à-dire de tous les croyants. Par sa docilité à la Parole et par sa foi, Marie est pour tous modèle et chemin de foi. En d’autres mots, celui qui « prend Marie chez lui » et s’applique à suivre son chemin de foi, accueille Marie comme une Mère. Et, comme une mère donne la vie, Marie engendre dans la foi celui qui veut devenir un véritable disciple.
Chez-nous, les pères maristes, je trouve cette réalité merveilleusement exprimée dans ces paroles que nous trouvons dans la spiritualité mariste : « penser, sentir, juger, agir comme Marie ». Ce que nous voulons privilégier n’est pas d’abord du côté des dévotions particulières envers Marie. Pour nous Maristes, il s’agit avant tout d’apprendre à être et à vivre comme Marie en imitant la foi et les comportements de Marie que nous découvrons dans les Évangiles. Penser, juger, sentir et agir comme Marie, c’est avant tout une manière d’être croyant en s’inspirant de Marie elle-même et en vivant de son esprit. En vivant avec Marie une profonde relation de foi, Marie est pour nous une « personne vivante ». C’est pourquoi le fait d’être mariste est un « choix de grâce ». C’est en effet par un « choix gracieux » de Marie que nous sommes devenus membres de sa famille et que nous portons le nom de Marie : Mariste.
Un jour que j’étais en retraite dans un monastère pour me préparer à l’ordination au diaconat, j’ai été très étonné de constater que la niche qui surplombait autrefois l’autel était maintenant vide. J’ai été rassuré et cela m’a beaucoup réjoui quand j’ai aperçu Marie au bout des stalles des moines comme si Marie avait trouvé sa place parmi eux. Pour moi, cette petite anecdote illustre bien ce que Marie est pour nous. Elle est à nos côtés et elle marche avec nous. En nous attachant aux pas de cette Mère, nous apprenons pour ainsi dire à marcher. Sur le chemin de foi de Marie, le « oui de son cœur » devient progressivement le nôtre. Oui vraiment, j’aime cette jeune fille de Nazareth quand elle guide nos pas dans la foi. J’aime cette Marie qui nous engendre et nous apprend jour après jour à porter la vie du Seigneur. |